Insensible. Oui, c'est ca. Tu est Insensible.
Les émotions roulent sur toi comme le vent caresse les visages, les figures.
Elles glissent, tu absorbe, tu ingère les sentiments, tu les consommes, puis tu les défèques. Ressentir n'a aucune signification pour toi, tu est poreuse. Tu te presse, tu t'enduis, tu te vautre, et tu recrache.
Pour autant, on ne peut pas dire que tu n'en n'aie pas besoin. Tu t'en nourris. Elles te tiennent en vie. Ni plus, ni moins.
Elles t'inspirent. Elles te remplissent, elles te donnent le sentiment d'exister. Est-ce bien cela vivre? En es tu bien sure?
En même temps tu ne peux pas vraiment faire autrement, que pourrais tu faire contre ta nature?
Monstrueuse? Peut être. Avare, sans doute. Mais incontestablement humaine.
Et c'est ca le pire.
Alors tu erres, sans cesse. Tu flaires les sentiments, bons ou mauvais, peu t'importe. Tant qu'ils sont là.
Tant que tu peux épancher ta soif de vie. Tant que tu peux faire semblant d'exister. Tant que tu peux croire que tout ceci te satisfait.
Alors tu cherche. Tu te créee de nouvelles occasions, des puits d'amour, des torrents de haine, des vagues de compassion, et des marées d'amertume. Tu est le jardinier du vécu. Tu connais par coeur leurs réactions, tu sais quel est le moment propice, tu cerne les sentiments comme personne, tu les capte, tu les encercle, puis tu les emprisonne.
Technique bien rôdée.
Alors l'habitude prend le pas sur le réel besoin. Et au final, c'est toi, et toi seule, qui te transforme en monstruosité. Lentement, progressivement. Ton abîme de solitude se creuse, tu sais que vous êtes nombreux a vous en nourrir. Parfois vous vous croisez, au fond de votre gouffre, là ou la lumière a disparu. là ou on ne voit que parce que l'on doit voir.
Et tu vis très bien ainsi. Illusion de vie, illusion de bonheur.
Pour l'instant.